Isolation,1999 - in Signlanguage, p.74

Le nom complet de cette toile est Isolation and its effects on colour perception with the passing of time.

 

Commentaire de Daudie

Comme il a déjà été dit, VM exalte la couleur sans chercher à saisir une quelconque représentation du sensible.

Pourtant , ici, la toile n’est pas qu’une surface colorée, le geste prédéfini met en exergue 2 formes distinctes :un corps humain au premier plan et un visage se dessinant à l’arrière.

J'ai choisi deux axes d'analyse :


1/La réintroduction du visible

VM consent à redonner au spectateur un contenu concret faisant écho à une réalité saisissable par nous tous en incorporant les deux sujets précités.

a - Le personnage - premier plan

Le trait sévèrement dépouillé laisse apparaître un sujet replié sur lui même, semblant courber l’échine sous un indicible poids.

VM en dessine les contours d’un trait saccadé qui loin de sublimer la beauté, l’harmonie des courbes du corps humain , en souligne + tot l’apreté, la dureté... J’irai jusqu’à dire la laideur.
Ainsi il rajoute au caractère destabilisant et dérangeant de l’atmosphère générale qui se dégage de la toile.
On ressent de manière accrue la dureté du moment vécu par ce premier personnage.

Reste la couleur, indispensable. VM utilise un bleu intense pour mieux guider le regard du spectateur. Par la même, il l’amène à aborder la lecture de son tableau ds un ordre précis, nécessaire, ss nul doute, à une claire compréhension de celui-ci.


b - Le visage - second plan

VM donne ici forme à un visage dont il masque les contours par des traits grossiers, un visage sans identité.

Ce second sujet émerge de manière un peu surréaliste de la toile.

Il apparait dans la partie supérieure de celle-ci, il domine donc le personnage premier-plan susvisé, sur lequel il semble avoir fixé son attention.
Sa présence participe surement de la pesanteur qui semble accabler ce dernier.
Celui ci courbant alors son corps peut-être pour échapper à ce regard scrutateur ou peut etre tout simplement dans une attitude de soumission à cet autre.


2/ La permanence de l’écrit

a - Sa position ds la toile

Le mot « isolation » prend place au centre de la peinture.
Il est le lien entre les 2 personnges cités plus haut.
L’ecrit prédomine puisqu’il constitue, au sens pratique, l’élément central de la peinture sur lequel notre regard ne peut manquer de se poser.
Pourtant dans cette toile, il n’est, à mon avis, qu’un des éléments de lecture du tableau, il rajoute du sens : il ne contient pas à lui seul le sens de cette toile mais il le précise.

La forme primerait donc cette fois-ci sur l’écrit.


b - Son apport à la toile

C' est un terme-outil qui peut aider le spectateur ds son appréhension de la toile.
Il ne fait qu’illuster un peu + un sentiment déjà latent : le personnage premier plan est isolé ds sa douleur , sa faiblesse et de fait livré sans possibilité de fuite au regard d’autrui.

Le fond de la toile est quand à lui extrèmement épuré. Deux couleurs-forces seulement, pour laisser place au jeu de positionnement des 2 sujets de la toile et laisser ainsi libre cours à son interprétation.

VM nous montre donc qu'il sait aussi se servir de techniques plus traditionnelles pour, encore une fois, nous emmener dans les rouages infinis de sa débordante imagination.

 

 

Commentaire de Waënelin

Je ne vois pas comme Daudie le personnage courbé et le visage au dessus de lui comme deux personnes différentes mais comme deux aspects de la même personne qui souffre.

Tout ce que tu as dit à propos de la silhouette en bleu est exact ; le regard est d'emblée frappé par ce personnage squelettique, recroquevillé sur sa douleur dans une négation totale du monde extérieur, et dont la position verticale face au sol traduit, en plus de l'idée de repli sur soi, celle d'écrasement par un poids insoutenable.

Ce n'est qu'ensuite que l'on remarque avec un malaise croissant le visage masqué, maltraité, déchiré qui apparaît sur le fond de la toile. Par rapport à ce visage une chose saute aux yeux: il est en prison. Bien pire, le visage est lui-même tissé de barreaux, à la fois décomposé et suggéré par une sorte de grille qui fait partie de lui. Et cette impression est encore renforcée par la ligne brisée perpendiculaire qui "ferme" l'horizon devant le visage.

L'idée d'enfermement qui était suggérée par le personnage bleu prend alors une dimension beaucoup plus poignante. Le personnage bleu nous voyait spectateurs de sa douleur, extérieurs à lui - et d'ailleurs, l'extraordinaire présence de cette silhouette ne laisse aucune marge de manoeuvre à la vision, qui s'impose à nous dans toute sa violence.

Avec le visage au contraire nous entrons en lui, nous pénétrons dans le psychisme torturé de ce personnage à mesure que nous déchiffrons peu à peu les contours du visage tissé dans la toile.

Il est impossible de ne pas rapprocher cette toile du fameux Cri de Munch, peinture qui vous rappellera aussi inévitablement une autre toile de VM, Entierro, 2001 (in Signlanguage p.22).

 

Il nous reste à creuser l'axe thématique fourni par VM dans le titre-même de l'oeuvre, réinjecté dans la toile :

"Isolation and its effects on colour perception with the passing of time"


Le sens de lecture me semble ici vertical et descendant. Dans la partie supérieure du tableau on distingue différentes couleurs, certes peu différentes entre elles mais qd mm distinctes du reste du tableau ; la multiplicité des couleurs est déjà relative mais bien réelle comme le suggère la fragmentation en formes rectangulaires.

Au-dessous de cette ligne, et dans le coeur de la toile qui est celui de la souffrance, les couleurs sont fondues dans un rose-rouge qui tire sur le pourpre franc aux abords du visage fantômatique.

Visage qui "dégouline" de traces de peinture, suggérant à la fois les larmes, la dissolution de soi-même et la chute vers l'obscurité intérieure, illustrée par le personnage en bleu qui ne voit plus le monde qu'à travers le voile sombre de son mal-être...

Je ne vois pas grand chose d'autre ; malgré tout, je suis persuadée qu'il y a beaucoup plus à creuser avec les couleurs. Les couleurs rouge, rose et bleue par exemple, sont complémentaires ; pour obtenir du violet on mélange du bleu avec du rouge... il y a donc bien une évolution des couleurs (de leur perception?), et non une rupture comme ça l'aurait été par l'adjonction de vert par exemple.


De plus je ne peux m'empêcher d'être surprise par ce bleu, qui reste malgré tout très lumineux et presque trop beau, trop gai, par rapport à l'état décrit. Peut-être est-ce la profondeur de cette teinte qui lui donne sa raison d'être, afin de suggérer l'intensité de l'état psychique décrit - les griffures noires du trait de crayon fournissant la dureté nécessaire.

Je lance des pistes, mais elles sont très imparfaites : à compléter!

 

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