Communion

Commentaire de Daudie

Pour alimenter notre réflexion sur Communion, j'en poste ici la définition :
"accord intellectuel, spirituel ou affectif (avec quelqu'un ou quelque chose)"

J'ai le sentiment, au terme de la lecture du poème, que l'histoire qui nous a été narrée appartient au passé et que la "communion" qui a peut-être un temps existé entre les 2 protagonistes n'est plus; que cet "accord" a fait place à une certaine incompréhension :

WERE YOU TAKING
IN MY FACE TO
SAVE AN IMAGE
YOU'VE RARELY ALLOWED
YOURSELF AFTER LEAVING
THAT COLD ALCOVE?

AM I A PHOTOGRAPH
YOU GAZE AT IN
MOMENTS OF WEAKNESS?

Que pensait réelllement l'autre en étant avec moi? S'interroge peut-être le " je" du texte. Pourquoi m'avait-il /elle choisi(e)? Quels étaient les émotions qui l'animaient lorsque nous étions réunis? L'amour? La compassion? Le doute? Le regret?

IS
FRIENDSHIP CANCELLED
IF WE CAN'T CALL
EACH OTHER ANYMORE
IN AMNESIA?

Qu'en est-il des moments partagés ensemble après la rupture?
Je pense que les 2 sujets du poème viennent de rompre, et le "je " se demande s'il y a un "après", si l'amitié peut perdurer après la séparation et ne doit pas plutôt être mise de côté car brèche ouverte à une souffrance que l'on veut effacer ( se confronter avec l'autre qui nous fait souffrir parce qu'il est parti ou qui souffre parce que nous l'avons quitté)...

 

Commentaire de Waënelin

Pour commencer, j'ai pour ma part l'impression très forte que ce poème relate un début et non une fin. L'instant qui est décrit ici - car pour moi les réflexions a posteriori se réfèrent toutes à un même instant, ou bien se recentrent autour de lui - a marqué un changement, une rupture dans le mode de relation entre le narrateur et "l'autre" (homme ou femme). Et le premier de s'interroger sur les causes et les conséquences de ce changement, et le devenir de leur relation...

En effet:

Il s'est passé "la nuit dernière" ("last night") quelque chose de singulier, quelque chose qui ne s'était encore jamais produit ("first time... with permission", they've held me now", "early theory"). On ne sait si le narrateur regrette cet événement, mais on a le sentiment d'un aboutissement à la fois surprenant et inéluctable par l'intensité de l'attente et de la complicité qui l'ont amené : "to wonder openly at", "waited impossibly on". La chose était inéluctable, naturelle, et elle est maintenant définitive : "eyes lock [=>fascination, destin] turns forever into one more veil that falls away". Un glissement s'est produit, une étape est franchie : "we've left shore somehow".


Ce sentiment d'inéluctabilité est évoqué avec nostalgie dans toute la partie 1, quand le narrateur rappelle à lui le souvenir de cette nuit : cf
"each smile... makes harder avoiding". Le champ sémantique de la complicité, de l'intimité et de la proximité est ici énorme : "smile returned", "curtain shadows", "safe / skin against skin" et au début : "close"... C'est un moment de communion absolue, un trésor de compassion longtemps retenu dans la pudeur et qui s'épanouit enfin ("bloom").
Moment apaisant de complétude
("our faces fit") qui apaise enfin les angoisses du narrateur ("night air that had me shaking" part 2, "cradling my grateful skull" part 4) dans une harmonie bienheureuse.


Seulement voilà... toute rupture, même attendue et autant souhaitée, même - pourrait-on dire - nécessaire, implique la perte de quelque chose...
"we've left shore somehow"... mais pour aller vers où ? Qu'est ce qui a été perdu, gâché dans la bataille ? Is friendship cancelled, notre amitié est elle caduque, annulée, détruite par cet instant qui ne serait alors qu'une affreuse erreur qu'il aurait mieux valu ne jamais commettre ? Ne pourrons-nous "plus jamais" ("anymore") goûter cette complicité partagée ("last glances") que, il est vrai, l'on pressentait déjà un peu coupable ("suspicious clocks... have enough") ?


Et voilà que le doute ronge le narrateur, voilà qu'il remet en question toute la relation qui l'unit à l'autre et jusqu'à l'authenticité même des moments qui ont mené à cette glissade qu'il craint tragique : quelle image as-tu de moi ? que suis-je pour toi ? (part 4 premier paragraphe). M'as tu réellement compris (part 4- 2ème paragraphe) ?


Et finalement le questionnement s'arrête, frappé par l'impossible communicabilité du sentiment. On devine que le doute et l'angoisse survivent dans le coeur du poète, mais l'écrit est trop pauvre, trop fragile et trop traître surtout, pour risquer de lui confier de tels questionnements. Gardons en nous ces doutes comme ces moments sacrés, ne gâchons pas l'amour (l'amitié ?) par la griffure d'une formulation imparfaite qui risque de provoquer incompréhension là où le silence avait mené à la communion...

"DON'T DARE WRITE
IT DOWN FOR FEAR IT'LL
BECOME WORDS, JUST
WORDS."
 

 ...I so love this poem!

 

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