Achèvement

 

Pendant trois ou quatre mois je suis passé voir le coin de rue où nous nous retrouvions parfois pour le petit déjeuner – bien que ce soit maintenant loin de mon chemin habituel – simplement pour voir ton sang. Cette tache n'est même plus un sujet de conversation occasionnel parmi le peu de nos amis communs qu'il m'arrive encore de rencontrer. Elle a traversé l'été en noircissant, capturant les traces de pneu et une plume de pigeon, et l'asphalte a cuit avec elle et s'est joint à toi comme un shewing-gum incrusté dans le sol. La dernière fois que j'ai été voir, tu avais tellement fusionné avec la rue qu'il m'a fallu plusieurs minutes pour retrouver le contour familier. Pas la peine de continuer à rechercher l'essence de ce qui était, je présume, la mémoire commune de notre relation pâlissante. Je penserai peut-être à jeter un coup d'oeil sur la tache les rares fois où il m'arrivera de repasser par cette rue, mais je ne m'arrêterai plus, désormais, pour regarder et m'agenouiller, en quête de la bonne lumière pour t'apercevoir.


Texte original: "Done", in
Linger , p.62

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