Lettre du Nebraska

 

Il n’y a pas eu d’été comme ça depuis l’avant-guerre, d'après ce qu'on m'a dit. Des éclairs dans le ciel clair quand tout le monde est dehors. Les animaux se sont multipliés la nuit. Il n’y a jamais assez à manger. Quarante ou cinquante meurtres par jour, et Dieu sait combien de violences déguisées en discipline derrière les murs torturés. Les enfants se déplacent en serrant les poings et fixent leurs chaussures avant même de savoir lire. Il y a eu des noyades. D’une manière ou d’une autre, nous avons oublié comment nager. On ne peut plus nous l’apprendre. L’eau est dangereuse. Les gens ont peur d’arroser leur pelouse, les ponts sont inutilisés. Il ne pleut jamais. Le soleil perd son jaune et les nuages se recroquevillent à leurs contours. La radio joue des chansons de vingt ans d’âge vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je n’ai pas dit un mot depuis avril.

 

Texte original: Letter from Nebraska,  in Ten Last Night (1993) puis Recent Forgeries (1998)

______________________

©  tous droits réservés - all rights reserved
Les images, photos, textes et traductions présents sur ce site sont la propriété exclusive de leur auteur.
NE REPOSTEZ RIEN SANS PERMISSION