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Mars
Les souvenirs de films en sont faits. Une musique qui s'élève, se détache de sa source, rôde parmi les rues vides et humides. Insoutenable écho des endroits où nous vivons réellement. Je photographie un visage, mordu par le blizzard : une image parmi toutes celles que je n'ai jamais capturées, une occasion manquée de plus d'exploiter et d'ordonner le passé envahissant. J'ai cédé sous les
effondrements inévitables créés phrases après phrases, capitulé devant les idées qui aboutissent d'elles-mêmes et s'enfuient au-delà des murs effondrés, des clôtures abattues et des blocs de glace en dégel. Ce qui ressemble à des coups d'oeil lucides scintillant au sein de défaillances incultes ne fait que confirmer l'inanité de tenter quelque chose, de dire quelque chose, de résoudre quelque chose. Les dernières notes s'évanouissent le long de Bay Street à la fin du jour, début d'un autre. Je ne réponds ni au murmure du plafond fissuré, ni au grésillement des ampoules arrachant leur chaleur aux fils enterrés, ni à la
plainte du parquet de sapin marqué de pattes de pigeon qui ajuste durement ses jointures en rangs lustrés, crispant son chemin jusque dans les sombres recoins. Le couloir est calme. Le téléphone attend, inquiétant.
Texte
original: "March", in Linger
, p.30
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