Un pareil baiser (1)

 

Et tu te souviendras de ces nuits,
à l’approche de l’hiver,
où nous revenions seuls
toi et moi sous les étoiles
et la lune, parlant peu,
sans horizons, paisibles,
nos yeux suivant les courbes
douces de la route
abandonnée, mains et visages
si proches, sans savoir
tout en sachant peut-être
quelque chose, bien ensemble,
goûtant le voyage
à travers ce monde nouveau,
cette vie, ces minutes,
ces heures, sans les compter.
Sans hâte, sans doutes,
sans rien d’autre que la simple
joie de nous connaître.

La vérité dérange,
mais elle est contagieuse.
Partout où je vais, je rencontre
des arbres qui se penchent
et me racontent leurs secrets.
La pluie me détrempe, rouge,
bleue, et tant d'autres couleurs.
Tu es l’île dont je rêve.
J’entends les accords incertains
d’un antique piano russe
qui s’étouffe, laisse couler
de pauvres préludes, puis se tait
en faveur du meilleur silence.
Je vois des changements sur ta peau,
des bruits s’échappent de tes doigts.
Ton regard de hibou, fixe
et lumineux, me guide
à la poursuite de ton rêve.
J’accepte tout ce que
tu m’envoies. Ta voix
dissipe le brouillard, mes lèvres
boivent les coups de tambour
de ta précieuse poitrine,
vibrante de cris apaisés.
Elle fait mal, la force de ce bonheur,
de notre contact limpide.

Je rends grâce à la mystérieuse
clémence de tous les saints
qui t’ont mise sur ma route.
Nous pourrions continuer ensemble
et aller voir ce qu’il y a
plus loin, avancer main
dans la main, bouche à bouche,
unis par les tripes,
par la mémoire, trinquant
à l’avenir qui s’offre.
Je rends grâce à l’inondation
du Oui. Pas de place pour la peur
dans le paradis soudain
que nourrit la tendresse.
J’ai envie de te laver, de te peigner,
mais je ne te sècherai pas. Je veux
que tu t’allonges sur moi
et que me détrempe, me fonde
et me submerge la pureté
de ton désir. J’en suis malade,
je l’accepte. Tu appelles, je réponds.
Je ne savais pas avant que tu partes,
ni maintenant que tu n’es plus là,
combien tu avais voulu voir,
combien il restait à dire.

Hier soir, quand m’a arrêté
ta sage compréhension
de l’éloignement auquel je tentais
de m'opposer, tu m’as demandé
ce qui me manquait. Toi,
ai-je dit. Je te cherche sous
le ciel d’hiver,
éveillé, je prononce
notre fragile langage,
notre langue propre, mots
pénétrant jusqu’aux os,
sel qui tache ma bouche
des traces de ton absence.
J’ai volé de nuit et j’avais peur
de ne pas te trouver. Je m’ennuie de ta lumière,
de ton air qui sauve et qui guérit.
Je porte la barbe, je te préviens.
Je m’enivre de nouvelles de toi,
je veux que tu le saches.
Je respire avec toi. J'ai gardé
les caresses que tu m’as faites
et que je compte te rendre
le moment venu.


Je ne sais d’où est venue
cette brume, cet air d’œil
pour œil, cette lèvre
supérieure. Je vais sans penser
à une autre musique, dans la nostalgie
de l’ombre de tes œillades.
Je respire encore ton odeur. Je ferme les rideaux
pour voir ce que tu as laissé.
Je suspens les questions, les réponses.
Je tente en vain d’apaiser mes doutes,
feignant qu’ils soient sans importance.
Ton corps est mon univers,
Il est tout ce que je vois. Je veux être
ton soleil, et me coucher
sur tes épaules, te sentir
fermer les yeux dans le nid
de notre repos. Je vénère
les battements de ton cœur,
ce courant de sang
qui bat le rythme
de ma marche chaotique. Il reste encore
des braises de notre insomnie
inespérée. Je me souviens sans faille,
sans tristesse et sans fin de la beauté
de cette surprise, la lune
pas tout à fait pleine, les genoux gelés,
la valise en désordre, les photos
et les phrases suspendues au miroir,
le réveille-matin muet, le nez
contre
les draps. Ton corps est
mon univers. Que ma vie s’arrête
sur un pareil baiser.

 

(1) ou "un de ces baisers" (litt. "un baiser comme ceux-là")

Texte original: Un Beso De Esos, in Skovbo (2008)

 

______________________

©  tous droits réservés - all rights reserved
Les images, photos, textes et traductions présents sur ce site sont la propriété exclusive de leur auteur.
NE REPOSTEZ RIEN SANS PERMISSION